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« LE POUVOIR ISLAMISTE IRANIEN A RETIRE A L'UNION DES GRAPHISTES L'ORGANISATION DE LA BIENNALE... C'EST UNE HONTE ET UNE INSULTE A LA MEMOIRE DE MORTEZA MOMAYEZ SON CREATEUR...... IL EST IMPORTANT DE NE PAS PERDRE SON HONNEUR EN REFUSANT DE PARTICIPER..... ET ENCORE MOINS D'ALLER AU JURY......... »
Créatrice avec Morteza Momayez* de la biennale de Téhéran, fédératrice des professionnels iraniens du graphisme, oeuvrant pour la reconnaissance internationale de ces derniers depuis 1994, L’Union des Graphistes Iraniens se voit, pour la première année, confisquer les rênes de la biennale. Surprise et incompréhension. Nous avons choisi de relayer l’appel au Boycott de la biennale et de demander quelques éclaircissements à Alain le Quernec, révélateur du graphisme Iranien en Europe. (cf étapes 87 : article « Réveil iranien » / Alain Le Quernec).
L’occasion de prévenir de toute confusion : l’appel au Boycott ne constitue pas une critique du gouvernement en place. Il entend défendre la légitimité de l’Union des Graphistes Iraniens en Iran et au sein de la communauté graphique internationale.
Qui a fondé la biennale de Téhéran ? Dans quel idéal ?
Pouvez-vous nous parler de l’union des graphistes iraniens ?
Alain Le Quernec : La haute qualité du graphisme iranien est imputable à l'action d'une personne : Morteza Momayez*. Alors que l'Iran était coupé du reste du monde, ce graphiste a mené un combat interne dans son pays pour la reconnaissance du le design graphique contemporain à l'université. Il a fédéré toutes les force vives du graphisme au sein de l'union des designers iranien. Mais au-delà de tout, il a su insuffler à ce mouvement, le désir de produire un graphisme contemporain de qualité.
L’union des graphistes et son président Morteza Momayez ont créé une biennale nationale du graphisme... Conscient de la valeur du mouvement, il en a fait une biennale internationale...
L'argent de l'organisation de cette biennale provient du ministère de la Culture et transite par le musée d'art contemporain. L'organisation en était confiée, jusqu’en 2007 à son initiateur l'union des graphistes iraniens.
Pouvez-vous nous expliquer dans quelles circonstances la biennale de Téhéran à été retirée à l’union des graphistes iraniens ? Pourquoi aujourd’hui ?
Alain Le Quernec : Morteza était un commandeur incontournable. Après sa mort, en 2005, les obscurs, les envieux et les nains (il en existe dans tous les pays), profitant de la radicalisation du pouvoir avec l’élection d’Ahmadinejad, ont voulu prendre en main la biennale. Ils avaient déjà tenté de le faire il y a deux ans. Finalement, ils ne l'ont pas fait. C'était reculer pour mieux sauter… Cette année ils sont passés à l’acte.
La biennale est-elle une manifestation populaire en Iran ou bien reste t-elle circonscrite à un très petit nombre d’amateurs ?
Alain Le Quernec : Je ne saurais le dire exactement, mais les pratiquants du graphisme sont légion et en croissance exponentielle. Le graphisme jouit au sein de la classe intellectuelle et privilégiée d'un grand prestige.
Peut-on dire que la biennale de Téhéran 2009 est sous la pression du pouvoir politique iranien ? Tout du moins, peut-on dire qu’elle y est vulnérable ?
Alain Le Quernec : Oui et non... les pouvoirs de ce type développent et attirent ceux qui ne peuvent exister par leur talent, leur servilité au pouvoir. Ils leur permettent d'accéder a des responsabilités qu'ils ne méritent pas...
Dans la Pologne des années 60, le mouvement de l'affiche polonaise a pu exister parce que les artistes de valeur avaient pris le pouvoir au sein des organismes d'Etat. En cela la Pologne était une exception....
Ce qui se passe en Iran, c'est la revanche des cloportes plus qu’une volonté du pouvoir de prendre le contrôle.
Comment se porte le graphisme iranien actuellement ?
Existe t’il un graphisme contestataire ? La jeune génération y participe-t-elle ?
Alain Le Quernec : Le graphisme iranien n'est pas contestataire, politiquement parlant, comme on pourrait imaginer ou souhaiter qu'il soit. Le pouvoir ne plaisante pas avec cela...
Il se peut que les choses évoluent avec les dernières élections, dont les résultats sont contestés.
Que pouvez-vous nous dire de la relation entre régime autoritaire, contestation et création graphique ?
Alain Le Quernec : Ce mouvement du graphisme est né dans un pays ferme sous un régime autoritaire parce qu'un homme a défendu les valeurs du graphisme avec intelligence et un sens aigü de la diplomatie. Il a obtenu du pouvoir les moyens de le faire... Il a défendu les valeurs du graphisme sans provoquer le régime iranien. Cela aurait été stupide. Toute action aurait été annihilée...Cela peut être difficile à comprendre vu d’ici, de l’extérieur. Mais c’est ce type de situation qui prévalait également en Pologne ; quoique l'on dise maintenant, après coup. (mais ça, c’est une autre histoire).
Que peuvent faire les graphistes en Iran et ailleurs pour protester, pour défendre leur liberté d’expression ?
Alain Le Quernec : En Iran, pas grand-chose, c'est trop risqué. A l'extérieur, tout ce qu'ils veulent, en faisant peut-être attention à ne pas nuire à ceux qui sont en Iran. Mais encore une fois il s’agit de ne pas faire d’amalgame.
La situation politique en Iran est une chose, le hold-up sur la biennale est une autre... L’objet du boycott est de défendre les valeurs du graphisme représentées par l'union des graphistes, et non de protester contre la politique iranienne... Quoique l'on dise, on ne pourra pas empêcher la confusion…
Personnellement, j'aurais participé à la biennale si elle avait été organisée par l'union des graphistes.
*Morteza Momayez est né à Téhéran en 1935. Diplômé de la faculté des Beaux-Arts de Téhéran, il poursuit sa formation à Paris à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs avant de retourner en Iran pour y exercer en tant que graphiste. En 1975 il devient le premier membre iranien de l’AGI. Il participa activement à la création de société graphique iranienne organisée et à la reconnaissance du graphisme de son pays. En 1994, est fondée l’IGDS (Iranian Graphic Design Society) dont il est élu présiden
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