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Compte-rendu en images des expositions à l’occasion du Mois du graphisme d’Échirolles. Cité nouvelle de la banlieue grenobloise, Échirolles en novembre, contraste par la froideur de son climat et de son béton avec la chaleur des rencontres et des images graphiques. Difficiles à investir et scénographier, les lieux d’expos sont espacés et les trajets en car tiennent lieu de fil rouge. Il faut suivre le guide et tenir le rythme. Investissement municipal, les étapes officielles, discours, inauguration de plaques (les allées Savignac et Loupot – “graphistes”) et vin d’honneur sont difficilement contournables. Pour tout dire, un tel contexte montre la difficulté que le graphisme et l’image publique peuvent avoir à trouver leur place dans les villes modernes.
L’édition 2004 avait pour thème générique la ville. Souvent mandatés par le centre du graphisme, les commissaires d’expositions (Michel Bouvet, Alain le Quernec, Eric Fauchère et Thierry Sarfis) ont planché sur le thème et sont à l’origine d’idées fort différentes et d’expositions originales, se professionnalisant. C’est finalement dans la diversité plus que de la thématique initiale que le festival trouve sa dynamique.
Diego Zaccharia a inauguré le festival par un discours ravivant les étudiants qui participèrent aux trois jours de workshop. Le directeur du centre est revenu sur ces 15 années de travail et sur les images qui lui restent : les rencontres. Ces week-ends sont avant tout des expériences humaines, noyau de nouvelles aventures. Cette année, Alessandro Magallanes, les membres d’Ostengruppe, Jooste Swarte, Vaughan Oliver sont les stars. Venus en nombre pour l’exposition Swinging London, les Britanniques sont venus en nombre. Plus habitués à être publiés qu’exposés, se connaissant peu les uns les autres, ils participent en plein à la dimension festive de l’événement.
Les expositions dureront un mois, elles sont prêtes pour accueillir le jeune public et des visites pédagogiques. Chaque exposition est un accompagné d’un carnet-guide d’exposition édité par le centre du graphisme, pour 10 euros.
Les animateurs des workshops : Lech Majeewski, Anette Lenz, Valérie Debure, Michel Strauss
commissaire: Michel Bouvet
lieu: La Rampe.
Spécialité anglaise reconnue, la musique rock pop punk ou new wave possède aussi ses codes et ses acteurs de l’image. Stylorouge pour Blur ou Siouxie and the Banshees, Vaughan Oliver pour le label 4AD (Pixies….) ou Laurence Stevens (LSDivision) pour Eurythmics. Quelques nom célébres cotoyant des découvertes ou des valeurs confidentielles, en tout 17 studios approchés par Michel Bouvet et réunis à la Rampe. Dans les vitrines, la variété des images est rejointe par celle des supports (CD, Vinyles, posters, stickers, flyers ou coffrets).
Tous travaillent quasi exclusivement pour le secteur musical, mais chacun avec une organisation et des méthodes qui lui sont propres. Certains usent de la photo et jouent de la DA quand d’autres emploient l’illustration ou le concept. Habitant la même ville, la plupart ne se connaissaient pas ; le week-end d’ouverture fit office de club de rencontres.
commissaire: Eric Fauchère.
Lieu: Moulin de Villancourt.
Exposition de taille, exposition sensible : où la scénographie se met au service de la « ligne claire » et des différents supports investis par Joost Schwarte. La rétrospective du graphiste néerlandais commence par une typographie blanche, en relief, qui sculpte le nom du graphiste. Déjà un commentaire sur l’importance de la construction dans l’œuvre de Swarte : architecture des bâtiments, des images (comprenant différents plans de profondeur et des lettres souvent dessinées pour une création unique). Toujours, Swarte complète le bâti par une ambiance et une touche d’humour.
À gauche, une lucarne ouvre sur une chambre imaginaire, où une table symbolise la victoire, une fois n’est pas coutume, des carottes sur les couteaux. Au mur, un poster cligne de l’œil vers Hergé, autre chantre de la ligne claire. Le style simple et humoristique de Joost Swarte guide le visiteur pour la suite. D’abord des planches originales, sur fond de papier peint, reprenant le personnage de Joost Swarte, inspiré de Tintin.
La visite quitte ensuite ces intérieurs pour l’extérieur et la rue, lieu de vie naturel de l’affiche. Comme dans les villes hollandaises, le visiteur bénéficie d’une vue plongeante sur les intérieurs du rez-de-chaussée. Dans l’exposition, ce sont des affiches que découvre ainsi le voyeur malgré lui. Au fond, éclairée par l’arrière, se dresse une simulation d’un fragment (aux proportions réduites) d’une frise vitrail, décorant le hall du Palais de Justice de Harlem.
Une salle est consacrée à un des projets les plus ambitieux de Joost Swarte, le théâtre de Haarlem. Le graphiste a dessiné l’architecture sur des planches, celles-ci plébiscitées et publiées dans la presse permirent à ce théâtre de voir le jour au plein cœur de la cité ancienne de Harlem. Seule une intervention minimale (destinée à améliorer la fonctionnalité du lieu) fut requise de la part d’architectes. La boucle se boucle lorsque Joost dessine la ligne graphique du lieu qui fut d’abord une image. Le spectateur se retrouve de l’autre côté du miroir : une lucarne s’ouvre sur la chambre imaginaire. À travers elle, le visiteur devient la figure d’un portrait que voient les nouveaux visiteurs.
Commissaire: Alain Le Quernec.
Lieu: Musée Géo Charles.
Des murs saturés d'affiches sur fond coloré... Un mur pour le Mexicain, Alejandro Magallanes, un autre pour les membres du collectif russe Ostengruppe Trois salles dont chacun des quatre murs dévoilent la profusion graphique des participants.
L'exposition Tequila Vodka est à la hauteur de son titre : un excitant réconfortant. Les affiches, si elles perdent ici, leur valeur urbaine, démontrent la vivacité de leur message comme la plasticité, brutale ou raffinée de leurs formes.
Le support continue d'avoir une portée, et ici, son rythme est aussi endiablé qu'enjolivé. Magallanes, Ostengruppe Ces figures incarnent une nouvelle génération d'affichistes, patronnées par des experts. En l'occurrence Alain le Quernec. L'affichiste breton les a repérés, suivis et confrontés. Il les décrit avec empathie. « Le graphisme de Alejandro Magallanes (32 ans) est charnel et provocateur, chantant et chaleureux, rustique, malgré une grande habilité ». Dans sa bonhomie humaniste, constamment ouvert aux autres, Magallanes crée une affiche parfois en une nuit, pour les besoins d'une association, le graphiste mexicain oeuvre principalement dans les secteurs socioculturels.
« Les Ostengruppe sont jeunes, Igor est né en 1967, Anna en 1973, Eric en 1964. Ils ont vécu à la sortie du système communiste et dans un monde de tous les contrastes, où le luxe obscène côtoie la misère ». Ils développent chacun un langage visuel propre, mais dans un système constructiviste proche où l'économie du blanc structure le déplacement des formes.
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