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EnVille | Requiem pour un gratuit qui disparaît

Voici près d'un an je postais un billet sur mon blog en hommage au travail d'un jeune directeur artistique, William Hessel qui venaît de réaliser une des plus belles révolutions graphiques dans le registre des city-mag’ gratuits. Comme nous avons pu le lire sur le blog de Carat (merci Adrien), ce magazine disparaît brutalement au 19e numéro. J'ai voulu en savoir plus, non par voyeurisme mais par une curiosité bien légitime. Je suis un des plus fervents défenseur du développement des gratuits, peut-être parce que j'y participe moi-même depuis environ cinq ans, mais aussi en raison de la multiplication des médias. Un quidam normalement constitué ne peut décemment pas aujourd'hui acheter tous les magazines qui lui sont proposés dans un kiosque à journaux.

Publications généralistes, ou spécialisées (féminins, masculins, sport, tv, loisirs, informatique, sorties-programmation, design etc.) l'offre est pléthorique et il me semblait tout à fait judicieux qu'un marché parallèle du gratuit se développat (j'espère que la conjugaison ne vous incomode pas messieurs des Chevraux ;-). Les informations musicales, concerts, sorties, et par voie de conséquence city-magazine se prétaient volontiers à ces registres de l'éphémère-actus. Bien entendu des investisseurs mâlins s'en sont mêlés. Et l'on a vu arriver les quotidiens comme 20 minutes ou Metro, mais aussi des magazines économiques comme Économie Matin dont le jeune PDG est un trasfuge de BFM... La qualité rédactionnelle, les contenus s'affinent et le magazine EnVille était le vivant témoin, •qu'un modèle économique associé à une stratégie de qualité pouvait surgir et perdurer dans ce marché à haut risques.

J'ai interviewé ce matin deux collaborateurs d'EnVille dont justement William Hessel.

Coralie Coquart qui participait au travail de la régie publicitaire me déclare ne pas comprendre la brutalité de cette disparition. Elle explique: ....«de fait le groupe Scandinave, propriétaire d'EnVille possédait un équivalent en Italie. Urban. Après cinq ans d'exploitation le titre connaissait des difficultés financières. L'actionnaire majoritaire décide d'y mettre un terme. Dans le même temps, EnVille progressait en France. Pagination et publicité, le CA d'une année sur l'autre augmentait de 32% et l'équilibre, certes fragile semblait atteinte...

...mais contre toute attente, et sans aucun ménagement, sans prévenir la rédaction, ni les salariés, ni engager une procédure de liquidation-cession (rapprochement avec un groupe de Presse Français) comme cela aurait pû s'envisager, l'actionnaire, par une mesure conservatoire des plus incompréhensibles, décida de suspendre séance tenante l'édition, alors que le numéro d'octobre était déjà presque bouclé...».

William Hessel ne comprend pas non plus. Il sentait confusément la fragilité du titre, mais le travail investi, les progrès de la diffusion, les rentrées publicitaires lui semblait également prometteur d'un bel avenir. Incompréhensible. Et cela m'amène à r-ouvrir le débat sur les modèles économiques du gratuit vs payant. Car jusqu'ici on se posait beaucoup plus souvent des questions sur la manière dont les payants allaient pouvoir survivre face au déferlement des gratuits. Pas trop de savoir comment ces derniers arrivaient à boucler un budget avec pour seules ressources les rentrées publicitaires.

Lorsque j'examine Economie Matin, un vingt quatre pages diffusé à 350.000 exemplaires qui propose une lecture parallèle des contenus sur son portail, ainsi qu'un téléchargement toujours gratuit du PDF de l'hebdomadaire, je constate qu'il y a très peu de Pub. Comment ces titres peuvent-ils survivre. Quelles sont les stratégies d'occupation de territoire qui sous-tendent ces investissements somme toute assez collossaux... On peut effectivement s'interroger sur l'avenir de Libé, ou du Monde mais certainement pas ignorer que le juge de paix in-fine sera toujours un bilan comptable, et une liasse fiscale dont les banques sont si friands. Quant aux respects des lois, du code du travail, de l'indépendance des journalistes... encore d'autres questions qui devront sans doute être un jour abordées, car gratuit ou pas, il s'agit de protéger un métier, celui de l'information qui ne saurait jamais être complètement assimilé à un bien marchand.

Je vous laisse maintenant découvrir quelques pages de ce dernier numéro d'EnVille, véritable collector, en rappelant brièvement le parcours de William Hessel:

Diplomé des Arts Déco, il passa un an à Saint-Martin's en GB, et rejoignit l'équipe de Stéphane Brasca (Medina) qui réalisait alors le magazine photo De l'Air. Stéphane (responsable de la rédac) fut approché par URBAN pour réaliser une nouvelle version qui devint EnVille et dépêcha William sur le projet. Disposant d'une totale liberté graphique, W.H. réalisa là une véritable révolution tant par l'élégance de sa mise en page que par l'audace d'une grille qui en jouant sur des blancs tournants confortables se permettait des variations verticales-horizontales des plus réussies. Je l'avais analysé dans mon premier article sur Design et Typo le 16 octobre 2005.

Je lui ai demandé s'il s'occupait également de relooker les annonces pubs du journal, tant elles s'intégraient harmonieusement à la ligne éditoriale d'EnVille: — «pas du tout, un pur hasard, une coïncidence, les annonceurs nous fournissaient leurs pages, sans doute conscients de la qualité du magazine. Une sorte de challenge artistique entre annonceurs et rédaction. C'était à qui ferait le plus monter le niveau graphique général». Très beau résultat en tous cas. Et je souhaite à William mes meilleurs vœux de réussite pour ses futurs projets.

Commentaires

Classe

C'est vrai qu'il était classe ce journal. Mais bon, c'est peut-être bien que William Hessel soit démobilisé de ce projet pour travailler sur quelque chose de neuf... à suivre.

Bien triste disparition,

Bien triste disparition, surtout après (le certes pas forcément génial au niveau de la maquette et du contenu) Zurban, qui avait le mérite d'exister...
Travaillant actuellement en groupe sur un projet de diplôme d'un journal gratuit musical, j'espère qu'une mort rapide n'attend pas tous les titres gratuits qui sortent un peu de l'ordinaire !!

Requiem pour un PAYANT qui ne disparaît pas

Télérama... acheté aujourd'hui, déception immense... j'aimerai bien connaître l'avis de Peter ! et puis ca collerai j'imagine bien à ce nouveau slogan "Nous sommes durs, vous êtes pires"

Bien triste, je suis

Bien triste, je suis d'accord. C 'est un mauvais moment pour la presse cet événement et pour la liberté de la presse en générale .
Nous ne pouvons plus faire un magazine intéressant sans investisseurs qui veulent du profit rapide....

Cet événement s'est réproduit par le meme groupe de presse scandinave aussi en France. Au moment de la reprise de Enville par Stéphane - par ailleurs c'est lui meme qui a approche URBAN( dés la sortie du 1e numero de Enville en oct 2004) - et qui a réalisé une nouvelle version qui devint EnVille provocant le licenciement d'une 10zaine de personnes de la rédaction, parmi lesquels certaines sans contrat ctd travail au black pendant 1 AN qui se sont retrouvées sans chômage et avec quelques indemnités....

BRAVO pour le travail que vous avez effectué, j'espère que cette experience donnera des nouveaux supports intéressants très vite!!!

anonyme très courageux et mal informé

Je viens de lire ce commentaire signé par une gorge profonde de série Z. J'aimerai bien savoir d'où il tient ce tissu de bêtises (et non pas d'informations) qu'il aurait pu vérifier très facilement.

Ca ar'rive, on y travaille

Ca arrive, on y travaille !! De nouveaux gratuits vont arriver ...

WTF

Je ne comprends même pas vous porter tous au pinacle un mag au contenu si indigeant et à la maquette tout au plus propre.
Je sais bien qu'on est entouré de trivialité graphique, mais je n'y vois pas bien le raison d'encourager des démarches aussi exemptes de substance et de création.
Soit vous pensez bien faire au prix d'un mensonge véniel, soit vous vous fourvoyez vous-même.

manque de substance : vous

manque de substance : vous pourriez aussi bien tenir ce discours sur tout ce qui touche à la mode ou aux infos éphemères des city mag ;-)

Cela dit permettez-moi de ne pas être d'accord sur votre jugement graphique, bien que j'en admette le principe de liberté (naturellement). Perso j'ai été subjugué par la tenue et la mise en page de ce mag qui était travaillé sans filets et avec une subtilité hors des guimmicks de la mode-presse... mais vous avez raison ce n'est qu'une opinion qui n'engage que moi.

quelques années plus tard...

Je suis resté assez discret jusqu'à présent, mais je tenais à remercier les personnes qui ont observé attentivement ce magazine et ont apporté leurs remarques constructives ou leurs point de vue sur cette parution.

Je me permet de poster ce commentaire quelques années plus tard pour vous indiquer que mon site internet est désormais en ligne, vous pourrez le découvrir à l'adresse suivante :

http://www.williamhessel.com

Vous y trouverez une sélection de travaux de ces dernières années.

W.H.

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