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Étienne Bernard traque et explique les raisons de la plongée et de la résurgence de l'onirisme dans les pratiques du design graphique. Laetitia Sellam exemplifie la thématique à travers les portfolios de Chloé Tallot, Camille Henrot et Zoë Mendelson. Attiré par la ligne délicate de Zoe Mendelson, le regard circule, voyage puis devient voyeur sans l’avoir prémédité. Dans des intérieurs fastueux, composés de meubles victoriens, de lustres flamboyants et de divans profonds, des orgies sucrées et déchaînées se préparent. De sages jeunes gens se prêtent à des rapprochements érotiques éminemment suggestifs.
Une végétation folle envahit le décor, les chevelures des uns et des autres s’emmêlent, des formes et des liquides évocateurs jaillissent. L’univers de la jeune Anglaise puise autant dans l’imagerie érotique, le royaume des rêves, le souvenir de parfums que dans les illustrations de livres pour enfants.
Animale, la série photographique de Chloé Tallot, propose des mises en scènes inspirées des théories du naturaliste Charles Darwin. Peaux de bêtes, plumes d’oiseaux, petits poissons, mollusques et reptiles… se greffent sur un corps mis à nu jusqu’à ne faire plus qu’un avec celui-ci. Quel est la part de l’humain et celle de l’animal dans ces rapprochements fusionnels ?
La ligne dessinée de Camille Henrot traverse plusieurs univers.
On la découvre toute en rondeur dans un court-métrage d’animation « L’histoire de Cesaria », plus aigue dans une publicité annonçant l’album de la chanteuse Camille, dans des « rooms movies » intimistes projetés à la galerie d’art contemporain Dominique Fiat. Condensé ainsi, son parcours d’images apparaît multiple, voire éparpillé. Le travail de la jeune artiste se distingue au contraire par sa cohérence et sa singularité. Qu’elle gratte la pellicule ou procède à l’aide d’impressions numériques, il s’agit dans toutes ces séquences animées de nous entraîner dans une double réalité. « Le dessin est ma forme d’expression la plus naturelle et primitive. La photo ou la prise de vue réelle en film m’attirent comme une sorte de seconde langue. Le dessin est comme un squelette ou une circulation sanguine, il est une base qui alimente le reste. » explique-t-elle. Dans cette superposition de deux mondes, l’un filmé, l’autre dessiné, l’imaginaire du regardeur est capté. A lui de tenter de saisir et d’interpréter pour lui-même ce qui se trame dans ces images à la fois joueuses et vulnérables. Ici, pour Le fil, un projet préparatoire au vidéo-clip du chanteur Ben Ricour, les dessins jouent avec une épaule, le nombril, une bouche…
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