|
||||||||
|
||||||||
|
|
||||||||
Focus sur le travail de Jason Munn, qui réalise les affiches de concert des groupes rocks de passage dans sa région, du côté de San Francisco.
Une pratique représentative d’un état de fait américain – les dates d’une même tournée sont annoncées par des affiches localement différentes -, qui autorise une approche artisanale et signulière de l’affiche de concert.
Jason Munn vit et travaille près de San Francisco. Avec la sérigraphie, il réalise les affiches de concert des groupes rock de passage dans la région.
Tons pastel, gravure, ornements, le travail de Jason Munn relève sans conteste d’une expression personnelle. Bien sûr des influences se devinent et Munn confesse une lecture assidue des magazines de skate dans son adolescence. Qu’importe, ce n’est pas tant la notion de style que l’appropriation des contingences qui offre la meilleure appréciation de ses affiches de concert. Qu’il s’agisse d’une technique – la sérigraphie –, d’un contexte – la scène locale –, d’un sujet – l’univers de groupes de rock indépendants –, chacun de ces niveaux semble pris en considération dans la création d’une affiche qui les met en interaction. Sans doute le cas de Munn n’est pas unique mais représentatif d’un état de fait américain : la répartition sur l’ensemble du territoire de villes de taille moyenne qui sont autant d’étapes dans une tournée. Fréquemment, les groupes et les salles recourent à une affiche par date. Originaire du Wisconsin et établi à Oakland, le graphiste livre un mois à l’avance les affiches pour les groupes, locaux ou non, en représentation dans la région de San Francisco. Une centaine de pièces, parfois deux cents, suffisent à l’échelle de la ville; la sérigraphie et l’approche artisanale s’imposent. Munn se charge lui-même du tirage. L’économie des couleurs devient une donnée tangible. Chaque teinte s’envisage indépendamment, les jeux de surimpression et de niveaux de lecture suivent. La logique semble inchangée depuis les affiches psychédéliques des années 1960 pour l’Avalon Ballroom. Le visuel continue à prendre le pas sur l’information, dont la mise en forme s’harmonise à l’image et équilibre la composition. Simplement, les codes et l’univers des groupes ont changé. Le signalement de la plupart d’entre eux est inconnu en Europe, ceux qui sont identifiés situent le genre dans la catégorie rock alternatif. Partant d’une impression générale sur une musique, du nom d’un groupe, d’un album ou d’une chanson, Munn espère que les fans sauront décrypter ses images. Pour sa part, il tire le nom de son studio, The Small Stakes (“Les petits pieux”), d’une chanson qui lui est restée en tête. Les grands anciens, Saul Bass, Rand ou Chantry, ne sont pas loin. La phase de l’idée est primordiale, sa mise en image limpide. Un bestiaire puisé en banques d’images est mis à contribution, mais l’audace et l’ambition venant, Munn dessine ses figures pour élargir son registre. Le motif décoratif joue un rôle prépondérant et apporte une touche raffinée.
La logique de fonctionnement se boucle avec la vente en ligne, sur le site du graphiste, des affiches commandées par les groupes ou par leurs labels. Aujourd’hui, avec la renommée arrivent, des commandes plus importantes, affiches pour l’ensemble d’une tournée, pochettes de CD ou couvertures de livres. Reste à espérer que plus qu’un effet de style, Jason Munn continue à appréhender l’intelligence de ces supports.
Commentaires
Poster un nouveau commentaire