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Un nouveau quotidien gratuit, "TheLondonpaper", a fait son apparition dans les rues de Londres la semaine dernière. Impossible d'échapper au matraquage du "Londonpaper" tant le marketing est agressif: du sac de sandwich aux formats abri-bus, en passant par les stands avec parasols aux couleurs du journal (violet), pas un moment ni un endroit dans votre journée ne vous épargne d'un rappel coloré vigoureux.
Ce journal vient compléter la panoplie déjà fournie de gratuits distribués à Londres tous les jours: "Métro" (le plus ancien, distribué dans le métro), "City A.M" (axé finance), "London Lite" (également nouveau venu et distribué l'après-midi).
Derrière cet impressionnant investissement marketing, la maquette assez séduisante (comparée aux autres gratuits) n'est pas sans rappeller celle du Guardian récemment redesigné.

Ce 48 pages tout en couleur offre cependant un contenu assez pauvre. C' est malheureusement le résultat d'un gros travail effectué pour séduire une clientèle jeune et "impatiente", qui n'achète pas le journal et va plutôt rapidement chercher quelques informations sur Internet. La pagination a ainsi été calculée en fonction du temps moyen de lecture dans les transports (25-30 minutes) et les articles sont par conséquent superficiels.
Il est impressionnant – pour ne pas dire terrifiant – de lire les propos de Clive Milner (directeur de News International, groupe qui possède "TheLondonpaper") à propos de l'arrivée du journal:
"Nous avons étudié chaque route, chaque bureau, nous avons regardé le football, les flots de gens aux différentes heures de la journée, le type de personnes. Nous savons pour une zone donnée quand notre audience se déplace, comment et dans quelle proportion, et quand il nous faut placer des gens (distributeurs) pour la capturer"
Bienvenue dans une ville où l'information gratuite vous traque sans relâche...
site du journal: http://www.thelondonpaper.com
lien vers un article plus complet de Brigitte Dusseau:
"La guerre des quotidiens gratuits fait rage à Londres"
Commentaires
... et du côté de la France
Plutôt sympa ce violet, ça change du "vert métro". Auriez vous des infos sur le nouveau gratuit français du groupe Bolloré en association avec Le Monde ?
Merci :)
Florent
Du côté de la France
Voici un lien vers un article de Pascale Santi du 31 aout
(sur le site du journal Le Monde):
L'offensive payante des journaux gratuits
Les gratuits en question
À mes yeux, ce projet confirme clairement la mort annoncée des quotidiens imprimés payant tels qu’on les connaît aujourd’hui, au profit de deux types de journaux : les journaux imprimés gratuits et les journaux en ligne.
• Les gratuits, de par leur importante force de pénétration (sans jeu de mot ;-) dégagent des revenus publicitaires très importants. Tirages de 3 à 4 fois supérieurs à des journaux comme Le monde ou Libé. D’autant qu’ils tournent généralement en structures légères et se contentent essentiellement de faire du journalisme de surface en tirant quasi-exclusivement leur contenu des agences de presse. Par contre la qualité n’est pas au rendez-vous, c'est gênant…
• Les quotidiens en ligne offrent un panel de fonctionnalités nouvelles très importantes par rapport à l’actu papier : info publiée en temps réelle 24h/24, vidéo, images en couleur à volonté, pas de limites d’espace de contenu, liens cliquables pour l’accès immédiats à des infos complémentaires externes au journaux, possibilité de copier/coller/rechercher/archiver/imprimer facilement le contenu, de zoomer sur le texte, pas de frais d’impression et pas de frais de distribution (plus de 50 % du prix d’un journal imprimé quand même…), revenus publicitaires importants, nombre de lecteurs/internautes en hausse constante, avec en prime, un fort potentiel publique et technique à suivre dans les prochaines années.
Résultat des courses : les gratuits et les journaux en ligne génèrent dors et déjà plus de profit que les quotidiens nationaux payant, de plus en plus mal en point.
Et là, l’idée d’un gratuit conçu par Le monde me paraît très judicieuse car Le monde à une structure journalistique et productique supérieure à tous les gratuits du marché, avec des vrais journalistes, des envoyés spéciaux, des correspondants, une imprimerie dédiée un réseau de distribution rodé.
Et si l’on ajoute à cela la version en ligne du journal qui a déjà 3 fois plus de lecteurs que sa version papier (sachant qu’en plus, les gratuits déjà existants sont totalement à la ramasse avec leurs versions numériques), on obtient sans doute la formule magique qui assurera la survie des grands quotidiens nationaux face au siège des gratuits bas de gamme et aux menaces de peoppolisation imposés par les actionnaires-repreneurs potentiels à la France-Soir.
Enfin, à mon avis… ;-)
Les gratuits en question (suite)
tout à fait d'accord avec Paulette, j'avais un peu développé le sujet à l'occasion de la refonte «quasiment» stérile du Monde papier dans une série de billets que j'ai publié là.
Me souviens d'une revue parlée à Beaubourg, où ;-) je n'ai pas pû en placer une, tant la journaliste du Monde présente sur l'estrade voulait nous convaicre de l'efficacité de la nouvelle maquette pour faire remonter les chiffres de vente du quotidien. L'avenir aura prouvé que je n'avais pas tout à fait tort d'en douter ;-)
Oui mais
que devient la liberté éditoriale si l'unique source de revenu du journal gratuit (papier ou numérique) est la publicité ???
Je suis pas sûr que si le Monde était gratuit et financé uniquement par les annonceurs nous ne perdrions pas de sa qualité d'information…
Moi non plus
Moi non plus je n'en suis pas sur, mais en réalité, ce rapport pub/liberté éditoriale est déjà effectif pour les version payantes actuelles, qui, mis à part Charlie Hebdo et quelques autres, sont très loin de vivre exclusivement grâce au prix du journal.
Le fort tirage des versions gratuites permettra surtout de vendre les espaces pub plus cher (tout en gagnant en frais de fab en comportant moins de pages), mais aujourd'hui comme demain, que ce soit sur papier ou sur le net, c'est aux journalistes d'être crédibles s'ils veulent qu’on les lise.
la main mise des actionnaires
Lorsqu'on voit la main mise des actionnaires majoritaires sur les décisions politiques et de carrière dans les journaux, l'on peut effectivement se poser cette question de la liberté. Serge July quitte Libé, Edwy Pennel avait quitté la rédaction du Monde, on ne les plaint pas, mais ils participent à leur manière à nous administrer la preuve vivante qu'il y a au sein des maisons de presse des conflits d'intérêt qui suivent la longue ligne des carrières ainsi que les engagements politiques des uns des autres.
Je ne pense pas que cela change avec les gratuits. En revanche, la diminution des papiers de fond, l'exclusion du journalisme d'investigation, la baisse tendancielle des revenus des journalistes-reporters vont exclure toutes les belles expériences qui se payent à leur juste prix. Et l'on aura alors effectivement le risque voir arriver des journaux style France-Info, qui nous matraqueront les faits, sans aucune prise de distance et d'analyse qu'une telle posture induit. Là est le danger. Outre le fait que cette lecture sera saucissonné par la longueur des stations et des changements, avec perte de concentration sur des sujets difficiles et/ou brûlants.
Je pense qu'il y a la place pour un Libé sérieux, et un Monde qui n'abandonnerait rien de ses traditions jacobines et jésuites qui font la force et la puissance de réflexion des rédacteurs dans leur grand ensemble. La parole est aux actionnaires, toujours. Et aux business plan qu'ils mettent en place. S'ils commettent l'erreur d'aspirer à des retours sur investissements rapides, alors le gratuit va se désagréger et devenir un torchon. Au contraire, s'ils considèrent leur investissement à long terme alors il pourront produire un journal à la hauteur de son image actuelle. Et par la même fidéliser et conquérir de nouveaux marchés.
supports & qualité
Que ce soit sur le net ou en gratuit, si sa version payante disparaît, je pense qu’un titre comme Le monde n’a pas intérêt à liquider sa rédaction et à baisser en qualité. Concernant le support papier, dans la mort probable des quotidiens payants au profit de versions gratuites, je vois surtout deux autres défauts majeurs : moins de contenu imprimé ; et une couverture de la France qui risque d’être limitée aux grandes agglos.
Mais je pense qu’il faudra surtout aborder cette version gratuite imprimée comme un espèces d’accroche, de condensé de leur version net, qui elle sera toujours plus complète, pratique, et qui sera accessible à de plus en plus de monde dans les toutes prochaines années. D’ailleurs, je n’avais pas fait attention hier mais c’est écrit dans l’article : « Il y aura une intégration très forte avec le site Internet du Monde ». Pour moi, l’avenir et même le présent de la presse écrite est sur le net (cf. voir chiffres plus bas). Pour les quotidiens nationaux, être présent dans le métro sera sans doute important parce que ça leur rapportera des bénéfices et parce que ça leur permettra à la fois de garder leur identité historique de journaux imprimés, tout en emmerdant sur leur terrain les gratuits bas de gamme qui font aujourd’hui la loi dans les grandes agglos… mais ça s’arrête là (enfin, je pense). Le vrai contenu, tel qu’on le connaît aujourd’hui dans ces journaux, sera présent sur le net, et il sera même de plus en plus riche.
Après, attention, en me relisant, j’ai un peu l’impression de jouer l’avocat du diable : perso, les quotidiens nationaux payants me conviennent très bien tels qu’ils sont actuellement, hein ;-) Seulement, les ventes baissant d’année en année, tel qu’on est parti, il y a clairement un moment ou ces titres vont perdre beaucoup trop d’argent avec leurs versions payantes de moins en moins vendues. Et là, soit il faudra prévoir un plan social/économique qui risque de ne pas plaire au personnel de ces journaux, soit il faudra compter sur des fonds nouveaux apportés par des repreneurs/actionnaires pas forcément en quête de qualité (cf. France-Soir…), soit il faudra compter sur une adaptation des supports par rapport au contexte actuel, de type duo gratuit allégé + version net complète (probablement d’autres solutions possibles, je ne suis pas économiste non plus hein). Après, tout cela n’est que suppositions, je suis peut-être totalement à coté de la plaque et vos craintes de baisse de qualité sont également tout aussi envisageables, il est clair que lorsqu’il y a des gros enjeux publicitaire ou des actionnaires-requins qui rentrent dans la danse, tout peut devenir possible, et à un moment donné, ce sera probablement à nous, lecteur, de rentrer dans la bataille pour préserver la qualité de nos chers quotidiens nationaux ;-)
Pour compléter, si vous êtes intéressés par la presse, voici quelques chiffres (vous pouvez aussi en profiter pour fouiner dans le reste du site, c’est une mine !) :
Évolution des ventes du Monde sur 5 ans :
http://www.ojd.com/engine/adhchif/chif_fiche.php?adhid=625
Évolution du nombre de visiteurs du site Le monde.fr :
http://www.ojd.com/engine/adhchif/chif_fiche.php?adhid=2608
Évolution du tirage d’un gratuit de type 20 minutes :
http://www.ojd.com/engine/adhchif/chif_fiche.php?adhid=4173
À noter que j’avais légèrement sous-estimé les chiffres de la version net, ce n’est pas 3 fois plus de visiteurs que la version papier qui la consulte mais 10 fois plus.
Cas concret :
Juste au moment ou on en parle, le problème fait la une chez Libé :
http://www.liberation.fr/actualite/medias/204241.FR.php
Article publié ce matin, je viens de le découvrir.
thanks
Merci LG, Peter & Paulette pour cette réponse, et ce débat interessant :)
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