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Deuxième épisode de la rencontre avec François Barré et Jean François
Millier au sujet de l'existence d'un lieu permanent consacré au graphisme.
Au fil de la discussion leur volonté de reconnaissance publique de la
discipline s'affirme. « les lieux disposant de l'histoire et de la mémoire
ne font du graphisme l'une de leur priorité », « c'est un territoire que
tout le monde et y compris les politiques devraient prendre en compte (...)
on est au carrefour du social, du culturel et de l'économie et tout est à
faire ».
Nous avons appris le 2 décembre dernier la mort de Jean-François Millier, délégué général du Festival de Chaumont depuis 2002.
Travaillant en tandem avec la direction artistique du festival, il avait compris et partagé le projet de ces trois graphistes pour la reconnaissance et le développement de leur discipline. Mieux encore, il a agi pour que ce projet ne soit pas la préoccupation d’une seule corporation, mais soit connu et reçu par le grand public, pour que le festival fasse sens au-delà des murs de Chaumont et contribue à la visibilité internationale du graphisme français. C’est à ce titre que nous avons eu l’occasion de travailler avec lui. À l’ère de l’esprit de clocher, il a su nous impliquer avec les différents acteurs du milieu, arguant avec bon sens et intelligence qu’un festival et un magazine sur le graphisme ont inévitablement un dessein commun. À son invitation, nous avons organisé deux débats pour l’ouverture du festival en 2005 et 2006 et, sur les terres de l’affiche, un concours de métrages ultra courts fut même orchestré par Designflux dans le cadre des rencontres “Pixels”. Toujours sur sa proposition, le catalogue de l’événement est devenu un livre, occasion de diffuser des images peu montrées et de provoquer l’écriture de textes inédits. Chacune de ces initiatives a oeuvré pour un décloisonnement réel du graphisme: diversification des pratiques, mais aussi des acteurs et du public, sans pour autant baisser la garde de l’exigence.
Homme de culture, aussi fin connaisseur de la chose politique qu’amateur de cigarillos détestables, Jean-François a su donner une portée à toutes ces initiatives. Sous son impulsion, le graphisme aura bientôt le bénéfice essentiel d’un lieu permanent qui lui sera totalement consacré et sera à même de pérenniser les efforts du festival et d’agir au-delà. Il perd néanmoins avec Jean-François un homme de goût et de vision, qui avait compris que le graphisme et le monde gagnent à se nourrir l’un l’autre. La meilleure démonstration restera les affiches de la Fête de la musique, dont il était commanditaire depuis 1991. Dans nombre de ses précédentes vies institutionnelles ou pionnières, la musique était partie prenante. Sa célébration tous les 21 juin aura pris chaque année la forme d’une image essentielle à l’expression de la musique et à l’installation de la fête, autant d’images dont la dimension populaire n’aura jamais empêché le caractère exceptionnel. Une contribution non négligeable à la propagation du graphisme dans son milieu naturel : la rue.
Merci Jean-François.
Etienne Hervy
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