
Commissaire de la rétrospective consacrée à Josef Müller-Brockmann « Fer à Gauche toute » organisée aux silos de Chaumont, Vincent Perrottet nous guide parmi les affiches du graphiste suisse dont l¹approche constructiviste de la discipline et la théorie de la grille ont participé à la définition du style international.
« Josef Müller-Brockmann est toujours dans la perspective de « Qu'est ce que l'on peut retirer ? Qu'est ce qui est essentiel ? ».
Pour en savoir plus, vous pouvez vous référer à l'article publié dans le numéro d¹étapes du mois de Juin «
Josef Müller-Brockmann, certitudes visuelles ».
Quant à ceux qui n¹auraient pas encore pu voir l'exposition, rappelons qu¹une
dernière visite du festival de l'affiche et du graphisme est programmée dimanche.
Commentaires
Bravo, c'est une belle
Bravo, c'est une belle visite guidée.
Le "1965" d'une des affiches décrites par Vincent Perrottet ne me choque pas. Je le ressens comme une réponse aux emplacements décalés (de façon systèmatique cette fois) de "op.96", "1963/64" et "1966". De plus, si "1965" avait été aligné au "K" de "Klavier", selon la logique des autres dates, le "5" se serait trouvé trop près du fer à droite. Enfin, il répète à gauche la marge que l'on trouve à droite de l'affiche. Si c'est une erreur d'impression, il me semble que c'est une erreur heureuse. Qu'en pensez-vous?
Fer où vous voulez
Vous insistez.
Au juste, c'est quoi le problème ?
On a compris que vous aimiez ce graphiste : articles, exposition, couv d'étapes, vidéos (du maître et de ses disciples). Quelle offensive. C'est du jamais vu en dehors de toute commémoration.
La prochaine Etape c'est quoi ? Une série télévisée ?
La réalité c'est que vous paniquez. Vous réalisez qu'à part les quelques notables cuits et les fayots habituels, tout le monde se fout éperdument de "l'esprit Suisse" !
Vous croyez que c'est avec ça que vous allez lutter contre la "marketisation" de la communication et des esprits ?
Vous croyez vraiment que ces théories graphiques totalitaires (plus que limites !!!) qui confondent graphisme et signalétique, minimalisme et indigence, vont sauver le monde ?
Je crois qu'il va falloir trouver autre chose. Quelque chose de plus vivant. Quelque chose d'humain.
Vous devriez vous détendre. Partir en vacances.
Vous pourriez partir à la montagne. Vous marcheriez dans les paturages. Vous suiveriez les cours sinueux et impétueux des torrents. Et puis, bien reposé vous rentreriez chez vous. Et là... Vous réaliseriez la monstruosité de la couverture de ce fameux Etapes de juin.
Tout le monde peut se tromper. Maintenant que vous êtes bien reposé, vous rêvez d'un graphisme organique, vivant, humain. Vous n'avez plus maintenant de mépris pour les vrais gens. Vous avez retrouvé votre sens de l'humour... et vous réalisez, avec un peu d'appréhension, qu'il n'y a aucune règle. Pas de grille.
Mais maintenant ça ne vous fait plus peur... C'était juste une "étape".
Bienvenue chez les créateurs.
Louise, tu débordes...
Allez louise, dis-le que tu postes des conneries juste pour lancer des débats houleux.
Pov Louise
Pov Louise qu’a pas tous compris.
Pov Louise qui se croirait du cercle des créateurs...
Mais figurez-vous que oui, liberté (absolue) dans l’art, quand vous êtes seul en cause. Mais dès qu’autrui entre en jeu, fini, la liberté! Lisibilité, efficacité, sinon, c’est manquer de respect au sujet au regardeur, etc. Et, à ma connaissance, lisibilité efficacité, etc. n’ont jamais nuit au sens, ni à la création au contraire (l’art de la contrainte !).
Quand à l’absence d’art ou de création de la Suisse ou de l’Allemagne, là c’est FOU. Inculture crasse ou mauvaise foi névrotoque ?
« Créer c’est résister. Résister c’est créer. » (le Conseil National de la Résistance, lors de son (r)appel de 2004
Finie la Liberté ?
Ah oui ? Toi, quand tu crées tu résistes ?... ?! C'est ton problème. Moi, tu vois, j'essaie de faire exactement l'inverse : Je me lâche le plus possible.
Tu résistes à quoi ? aux méchants ? au Mal ?
En quoi appliquer des règles c'est résister ?
Comment tu fais pour créer sans être un créateur ?
Je ne sais pas contre quoi ou qui tu luttes ? En tous les cas, tu as une conception bizarre de la liberté et d'autrui : "dès qu’autrui entre en jeu, fini la liberté!". ça fait rêver... Quel résistant.
Oui je suis graphiste. Oui je suis une créatrice. Oui je suis attentive à la lisibilité de mon travail. Quand à l'efficacité, si elle est souhaitable, elle ne peut jamais être garantie (excepté par les cuistres du marketing et autres ingénieurs).
Oui on peut être une graphiste de qualité et ne pas aimer les productions ennuyeuses du Bauhaus et de ses disciples. Et contester toutes ses règles. Et toutes les règles en général !
C'est possible... et c'est bon.
Une visite guidée où l'on
Une visite guidée où l'on nage au milieu d'image.
Un grand bol d'air
Tu sais Louise, les suisses les montagnes ils connaissent bien. Faut que croire que ça leur fait pas le même effet que toi...
Et historiquement tout ça vient de beaucoup plus loin que la Suisse : au Bauhaus, en Russie avec les constructivistes, De Stijl, Schwitters et Dada, etc. à une époque ou des hommes, des artistes, ont voulu sortir des règles établies, vivre leurs utopies, inventer d'autres formes. Ils étaient plein de vie, d'humour et ils cherchaient le bonheur et plein d'autres choses encore. Ils ont fait école et ont inventés le XXe siècle.
Le problème d'Etape ? C'est juste que ça fait partie de la culture de tous les graphistes, car sans les Müller Brockmann nous serions pas en train d'en faire, du graphisme.
La 2e Réforme
Beershop,
Pour l'essentiel, les mouvements dont tu parles viennent de Suisse (Dada) et d'Allemagne (Bauhaus et Schwitters). C'est l'heure de gloire de ces deux pays qui ont été quasi absents de toute l'histoire des arts plastique. Leur revanche. Il fallait définitivement régler leur compte aux artistes et leur chevalets...
C'est une longue histoire qui a commencé il y a bien longtemps avec "l'épisode du mont Sinaï, au sommet duquel Yahvé avait interdit à Moïse de le regarder en face, et qui a agi comme une tare héréditaire. Le Dieu de l'ancien testament est resté invisible lorsqu'il a tendu à Moïse les tables de la loi sur lesquelles sa parole était inscrite. Ce don de la loi était une transmission d'une solennité à laquelle aucune image ne pouvait prétendre. Le monothéisme ne pouvait qu'être immédiatement hostile à l'image (...) L'écriture est la manufacture du Dieu unique." (1)
Mais voilà qu'apparait quelques siècles plus tard, Jésus. Fils et image de Dieu. Le tabou de la représentation est levé. Les arts plastiques vont vite s'épanouir au rythme des évolutions techniques des moyens d'expression... Jusqu'à la Réforme : "Ce fut une rupture dans tous les domaines, et notamment celui des images. Les réformateurs ont aboli des images qui promettaient le salut et qui avaient donné un visage à l'Eglise (...) On entendait retrouver l'identité de l'Eglise primitive, entendue comme une communauté de pure foi, pas encore corrompue par les médiums, alors qu'en réalité, on s'est jeté dans les bras de la révolution des médiums qui eut lieu à l'époque de Gutemberg (...) L'acte de lire nettoyait l'imagination et chassait LES IMAGES IMPURES" (1).
La Réforme vint d'Allemagne (Luther), et de Suisse (Genève, Calvin). Voilà... C'était la Première Réforme. La seconde Réforme vint au début du XXe siècle, d'Allemagne et de Suisse, et continue d'être prônée au début du XXIe !
On en a pas encore fini avec l'interdit originel :
TU NE REPRESENTERAS PAS !
Bon allez, je vous laisse à vos interdits, à vos règles, vos grilles et vos idéologies.
Moi je retourne au tordu, au chaos, à l'a-peu-près, au doux, au surprenant... à la jubilation, l'émotion, l'enthousiasme, le subjectif... Je ne vais rien m'interdire, je vais justifier à gauche, à droite, au centre, partout ! et PIRE... Vous savez quoi?... Je vais DESSINER UN CORPS HUMAIN ! avec pleins de doigts, de pieds, de bras... et deux seins !
Même pas peur.
(1) Hans Belting, La vraie image, Gallimard.
ahahah
ahahahaha, trop bon. t'es vraiment super forte...
ça serait trop beau
Ah Vincent quand tu parles aussi carré qu'une roue, je ne m'en lasse pas !
Par contre ça serait trop beau quand tu parles intelligible que les gens se mettraient à penser intelligible ; ça serait trop beau quand tu es enthousiaste que je me montre enthousiaste.
ami/ami
Louise, tu est tout à fait
Louise, tu est tout à fait libre de crée ton propre style graphique, je ne vois absolument pas le problème qui te perturbe tant, Brockmann n'a jamais dit "ce sera mon style et c'est tout!!"
Et si tu regarde bien il y a aussi une grille, ou un sens de lecture dans les manifestes des Dadaîtes. La créativité n'est pas complètement liée à la hiérarchie des éléments, mais aussi par l'idée, ou le sentiment que tu veux transmettre à l'interlocuteur.
S'ouvrir, accepter, ou au moins écouter les idées des autres, c'est ce que j'ai appris depuis que je fais ce métier.
A coté de la plaque...
Louise,
il n'y pas de d'antagonisme, ou en tout cas plus. Et pas en France, vieux pays catho... La notion de représentation n'est pas un interdit pour un graphiste : on a tous fait des écoles d'arts, fait des heures de croquis de nus, broyés nos pigments, salopés des carnets de croquis, etc.
Les graphistes travaillent avec des illustrateurs, des photographes... Souvent même on fait nous-même nos photos, nos dessins...
La grille même si tu t'en fous elle est là de toute façon : un ordi c'est un truc con qui dit o ou 1 et qui d'un dessin, fut-il plein d'émotion, en fait une grille de pixels...
Les règles typographiques c'est pas une idéologie, c'est un confort. On est dans des métiers appliqués : il faut faire un bouquin, une plaquette, un site, etc. Le respect du lecteur, de l'auteur ça fait partie du job, si tu ne veux rien t'interdire, ok, ça s'appelle artiste plasticien de nos jours.
Et puis tu sais historiquement Dada, les constructivistes russes et Cie ils doivent tout (ou presque) à un petit espagnol ombrageux qui en matière de corps et de vie s'y connaissait bien... Picasso of course.
... désolé de pas du tout rentrer dans le débat...
... Je voulais juste dire que c'était hyper pratique et agréable de pouvoir visiter une expo que l'on a pas pu voir en vrai. Vraiment. Avec un guide en plus !
- Ah oui je voulais aussi dire (juste comme ça) que j'ai pensé tout comme tototouri que le 1965 était tout à fait justifié à cet endroit, en regard, devrais-je dire en miroir axe horizontal de l'affiche.
Et encore une fois féliciter les responsables, bien monté, bon son, jolie musique, j'en veux encore !
Enfin, Louise, la grille faut pas la prendre méchamment, hein, l'univers est aligné sur la grille, le chaos aussi, même le temps je crois. Bon la période du moment est en plein revival helvetica (moi je ne m'en plains pas), tu verras qu'un jour on reviendra aux pattes def et là ça craindra vraiment.
Il y a une faute dans le
Il y a une faute dans le nom! Le nom correct est Müller-Brockmann.
Designer Graphique
Vous savez quoi Etienne, il y a dans l'édito de ce mois-ci une phrase qui me plait beaucoup (une fois n'est pas coutume), à la fin de ce paragraphe :
"Lentement mais sûrement, une partie de la profession et des graphistes opère une mue vers le statut de “designer graphique”. Il y a là à gagner par mimétisme une partie de l’autorité des designers industriels et des architectes, il y a à perdre la liberté sous-tendue par le passif du graphisme français..."
Cette mutation, dont vous rêvez, je l'observe effectivement et je la déplore.
" il y a à perdre la liberté sous-tendue par le passif du graphisme français..."
La phrase est alambiquée mais le constat est juste.
ça n'est pas rien ce que vous nous proposez de perdre.
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